mercredi 14 octobre 2015

Adieu madame Souris

Une patiente vient de se pendre, la deuxième en quatre mois.
La première je ne l'avais pas vu depuis quelques mois, mais la deuxième il n'y a pas longtemps. Comme c'est tout frais, je ne peux pas raconter sa vie, des lecteurs vont la reconnaître (les pendaisons font user beaucoup de salive) mais dans certains cas, une situation inextricable peut faire choisir une voie on ne peut plus brutale  et définitive. Et ainsi on n'a plus de problèmes .
Je lui avais proposé de me téléphoner pour me raconter tout  (genre bouée de secours), elle ne l'a pas fait, son choix était déjà arrêté; je n'avais pas capté que le calme que j'avais perçu dans ses yeux   récemment témoignait d'une décision mûrie et assurée, ni que le fait qu'elle ne se plaignait plus de sa situation  n'était pas de bon augure.
Je respecte, et je penserai à elle comme quelqu'un qui s'est dévoué à tout moment pour sa famille, et à son travail.













dimanche 11 octobre 2015

du bon et du moins bon

Un syndicat s'est proposé de m'aider: par exemple de faire du foin en face de la CPAM  le jour où je passe en commission disciplinaire ( avec cinq médecins, 5 représentants de la Sécu).
Il se proposait aussi de m'accompagner durant ce procès où l'on décidera de mon sort. Mais c'est absolument inutile: la cour se réunira, elle me trouvera même des tas d'excuses, proposera une levée de sentence mais le directeur de la Sécu, comptable dans l'âme, décidera tout seul de mon sort. 

Et un syndicat pourra-t-il adopter mon point de vue: préférer des arrêts de travail au psychotropes? Il va malheureusement falloir que les patients fassent fasse à leur patron sans soupape de sécurité, c'est à dire la possibilité d'avoir un arrêt.
Mais je suis peut-être trop empathique. 

Les patients sont aux petits oignons avec moi, me demandant ce qu'ils peuvent faire, m'envoyant toutes leurs bonnes pensées; d'autres se font faire des arrêts chez le docteur Cravate, un autre m'a dit "je sais que vous avez tout un tas de problèmes, je ne vous ennuierai dont plus avec mes problèmes d'alcool". 
Et malgré tout les consultations sont de plus en plus nombreuses. 

Mais tout va bien une expertise se profile, quelques victimes viennent, malheureusement la moitié sont des patients de longue date! Je ne peux donc pas me réjouir pleinement de cet afflux. Mais ils vont au moins être correctement pilotés dans les méandres de la justice et des expertises. 
Et ça fait une grosse différence. 

lundi 5 octobre 2015

Tout ne se pratique pas dans mon cabinet

C'est sûr que je ne suis pas très heureuse: la convocation vient d'arriver pour la commission de discipline: cinq médecins, cinq administratifs de la Sécu vont statuer sur mon sort le 5 novembre!

Les consultations sont parfois surprenantes: un patient a tenu encore une nouvelle fois à me montrer son service trois pièces  ( je j'ai déjà eu l'occasion d'examiner à plusieurs reprises) car il souffrait un peu, puis il m'a dit: " ce qui sort a une couleur bizarre, un peu jaunâtre.
- il faudrait retourner voir un urologue. En attendant je vous demande un prélèvement uréthral.
-Mais c'est bizarre comme couleur quand ça sort, je suis inquiet. Vous vous y connaissez là-dedans, la couleur?
- Ben heu.... plus un urologue. Mais à priori c'est un peu blanc.
- Mais cela serait possible que vous puissiez voir?
- VOUS N'ALLEZ QUAND MEME PAS EJACULER DANS MON CABINET!!!"  ( Ca c'est un coup de gueule). 
Il s'est excusé en bafouillant deux ou trois bricoles. N'empêche que "l'affaire au garde-à-vous"  durant la consultation m'a un tantinet gêné. 
Il ne devrait pas oublier que je suis une dame de 50 ans.

dimanche 4 octobre 2015

Se faire avoir par les patients

Avez- vous vu la caméra cachée utilisée pour piéger un médecin et lui extorquer un arrêt de travail?

Pas joli joli le travail du journaliste: car si le médecin s'est montré faible, le journaliste s'est montré sournois. 
Je rappelle qu'une consultation est un contrat, et qu'il obéit à la loi des parties. Pourquoi les patients ne se montrent pas plus honnêtes? Chacun balaie devant sa porte.

Mais à l'amont de tout ça il y a la Sécu, en l'occurence vache à lait: une consultation et un arrêt remboursés juste pour enfoncer les médecins. 

Je me suis déjà fait avoir, c'est sûr, mais quand j'avais un doute, c'était là que la consultation était la plus longue. Ca me prenait du temps, les patients râlaient derrière parce qu'un couillon tentait de me convaincre de l'utilité d'un arrêt de travail. 

Il y a dix ans, quand j'étais associée au dr Cravate, une patiente était venue: " je viens chercher un arrêt de travail". "Non madame". "Tant pis, je vais chez Cravate".
Je fais une autre consultation puis décide de téléphoner à mon associer pour le prévenir: "Trop tard, je lui ai accordé, elle m'a dit qu'elle déprimait". 

Ca peut arriver  à tout médecin  du moment qu'il est humain et qu'il éprouve de l'empathie pour les patients. On ne nous avait pas dit durant  les études que l'on serait sous la férule de la Sécu! 


samedi 3 octobre 2015

Je suis assaillie par la Sécu

Ah la Sécu (plutôt la MSA)

J'ai reçu une lettre personnalisée:
"Par lettre du 26/6/15 nous vous demandions de préciser les motifs vous ayant amené à prescrire Versatis pour certains de vos patients.
Les éléments que vous avez fournis à la caisse ne nous permettent pas de justifier la prise en charge de Versatis dans le cadre des indications remboursables de l'AMM (douleurs liées au zona).

Aussi nous vous informons que nous ne prendrons plus en charge ce traitement dés à présent. En conséquence, conformément à l'article 133.4 du code de la Sécu, en cas de nouvelle prescriptions ayant donné lieu à un remboursement, nous vous réclamerons les indus.
(un peu résumé)

Croyez, chère consoeur....

Je crois qu'on m'en veut, je vais finir paranoïaque, spécialité psychiatrique... ou j'arrête médecine au choix.

vendredi 2 octobre 2015

Un certificat à la noix

J'ai du faire un certificat à un employé: " monsieur Choux ne présente pas de contre-indication à la pratique de tous sports". Pourquoi? Pour pouvoir se servir des vestiaires de l'entreprise quand il va faire un peu de course à pied dehors!

jeudi 1 octobre 2015

les urgences, au pas!

On va jusqu'à l'absurde:

Les urgences de l'hôpital ont l'habitude de traiter les urgences (sic), puis de dire au patient: "je vous arrête deux jours le temps que vous revoyez votre médecin traitant". L'interne que j'ai contacté a fait mieux, il a dit oralement (mais si!) " je vous fais deux semaines", et il a écrit "une semaine d'arrêt" pour une méchante entorse du genou.

Ni une ni deux, j'ai pris le téléphone pour expliquer qu'ils ne pouvaient pas continuer à faire faire des arrêts aux médecins traitant, surtout quand ils pensaient que l'arrêt durerait plus longtemps.
Mais c'est que je me suis fait recevoir: "Nous arrêtons juste le nombre de jours  que nous pensons être utiles pour la guérison"
"Je suis sûr que vous arrêtez aussi quand ils le faut"
Le tout avec une voix  pas très sympathique.
J'ai expliquée que j'arrêtais sûrement très judicieusement  mais que j'étais une délinquante statistique, ce qui n'avait rien à voir et que je leur demandais une fleur, s'il vous plait monsieur.

Et comme je me suis fait rabrouée par ce petit interne qui m'a pris de haut, je les appellerai à chaque arrêt de travail non exécuté, ou pas convenablement long, eut égard à la pathologie. 

Mes autres confrères spécialistes jouent le jeu et je les en remercie.