samedi 15 octobre 2016

MARRE DE LA SÉCU : JE QUITTE LA MÉDECINE GÉNÉRALE


Direction les îles… et la médecine de recours
Libéral | 11 octobre 2016 | Propos recueillis par Adrien Renaud


Le Dr Stéphanie Becquet va bientôt arrêter d’exercer. A 51 ans, cette généraliste installée à la campagne, à 55 kilomètres de Paris, préfère s’orienter vers la médecine de recours. Elle explique tout à What’s up Doc.

What’s up Doc. À l’origine de votre décision de décrocher votre plaque, il y a vos relations avec la sécu. Pouvez-vous nous raconter cela ?
Dr. Stéphanie Becquet. En juin 2015, j’ai reçu une lettre de la CPAM m’indiquant que je prescrivais trop d’arrêts de travail. J’ai été convoquée par le directeur. J’avais beau lui expliquer que j’arrête davantage de gens parce que ma patientèle est plus jeune et donc plus active, il n’en avait rien à faire. Je suis passée devant la commission des pénalités, qui a ordonné une surveillance de mes arrêts de travail pendant un mois. Mais son avis n’est que consultatif, et le directeur a porté la sentence à deux mois !
WUD. Et ça a été le déclic ?
SB. Oui. Quelques jours avant le début de mon contrôle, mon compagnon m’a dit qu’il en avait marre du climat de notre région, et qu’on pourrait peut-être partir s’installer dans les îles. Ses mots ont résonné dans ma tête. J’arrêterai d’exercer le 31 décembre, et nous allons partir. Nous ne savons pas encore où exactement : Tahiti, les Antilles… Loin, de préférence. J’ai décidé que je ne serais plus jamais médecin de ma vie. C’est vraiment une fuite.
WUD. En attendant, vous fermez progressivement votre cabinet et vous faites des contrôles d’arrêt de travail. Ce n’est pas un peu paradoxal ?
SB. Je voulais savoir ce qui se passe de l’autre côté. Je travaille pour une entreprise qui facture ses prestations aux employeurs dont les salariés sont arrêtés, et je fais environ deux contrôles par semaine. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que je fais cela pour diversifier mes sources de revenus.
WUD. Pour la suite, vous voulez vous spécialiser dans la médecine de recours. Qu’est-ce que c’est ?
SB.  C’est un peu comme être avocat, mais dans le domaine de la médecine. Je vais par exemple assister la victime d’un accident de la route qui a peur que son assureur ne reconnaisse pas les dommages à leur juste valeur. Mon rôle est de faire contrepoids à l’expert de l’assureur.
WUD. Comment avez-vous été formée à cela ?
SB. En 2014, j’ai obtenu un diplôme en évaluation des dommages corporels. Je pensais que je ferais quelques expertises, et que je ne quitterais la médecine que cinq ou dix ans plus tard. Mais les choses commencent à se bousculer, j’ai fait trois expertises rien que la semaine dernière !
WUD. Qu’est-ce qui va vous manquer en quittant la médecine générale ?
SB. Les patients. J’ai toujours eu une relation très forte avec eux, j’ai souvent la larme à l’œil quand ils m’annoncent une mauvaise nouvelle ! Mais en revanche, le fait de ne plus prescrire, je m’en fiche. Ce que j’aime dans la médecine, c’est le diagnostic. En tant que médecin de recours, je diagnostique aussi.
WUD. Et qu’est-ce qui aurait pu vous décider à rester ?
SB. Que la médecine change. Aujourd’hui, si un patient a une angine, il est vu en deux minutes et repart avec des médicaments. Mais son angine est peut-être due à la fatigue, au stress… On n’a jamais la possibilité de voir les patients dans leur globalité.
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Pour aller plus loin…
Stéphanie Becquet tient un blog dans lequel elle relate ses aventures sur le chemin qui la mène hors de la médecine générale : De la médecine générale à la médecine de recours. Elle a également publié en 2009 un livre aux éditions du Cherche-Midi :Journal d’un médecin généraliste.

Les patients doivent s'autonomiser

Ce matin une quadragénaire sans maladie particulière me dit d'un ton agressif: "Docteur, la semaine dernière vous n'avez pas été présente trois soirs de suite. J'avais une grosse rhino. Il a fallu que je me soigne toute seule. Au quatrième jour ça allait mieux. N'empêche que durant trois jours je n'étais pas bien". 

Reprenons le but du médecin comme je l'imagine: rendre le patient assez autonome pour qu'il finisse par être capable de se soigner tout seul, et diagnostiquer et orienter convenablement en cas de maladie plus sérieuse qu'un rhume!!!

Que vous ai-je appris,  patiente,  durant toutes ses années? Sûrement pas à être dépendante du corps médical! Avec 1700  patients inscrits, je n'ai plus le temps de faire de la petite bobologie à la noix. Et me faire payer 23 euros pour écrire  une ordonnance de doliprane et de gouttes pour le nez, c'est frustrant. 

C'est avec des comportements comme ça que la Sécu est devenue aux abois, en train de traquer tous les comportements abusifs, et prenant des mauvaises décisions qui font s'enfuir les médecins (paradis artificiels, suicides ou arrêt de la médecine générale). Mais dans chaque cabinet il y a des comportements abusifs!

Il faudrait d'abord interdire la promotion de la consultation du médecin dans les médias et les documents de l'INPES  "au moindre doute consultez votre médecin".  On inquiète les patients et après on s'étonne qu'il y ait de la consommation médicale.

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. 
Mais ce que les patients doivent d'abord apprendre c'est S'AUTONOMISER. De toute façon il n'y aura bientôt plus le choix devant la désertification médicale.

mardi 11 octobre 2016

La réparation intégrale et pas plus

Il faut bien comprendre quelque chose quand passe en expertise en tant que victime: en France on ne s'enrichit pas de son préjudice, mais la réparation sert uniquement à remettre la victime dans l'état financier où elle aurait été si elle n'avait pas eu son préjudice. 
Certaines victimes veulent faire payer "le gros malotru" ou au moins son assurance: dans le cadre d'un accident de la route, tout est balisé, on ne peut pas avoir plus que ce qu'on est victime. Il n'y a pas de dommages et intérêts. 
Par exemple on perd un oeil, c'est 25% de préjudice, un point c'est tout, il y a des barèmes, il n'y a pas  à discuter. On n'est pas aux USA. 

Et quand on ne sait pas ça, on fait comme une de mes victimes, on prend un avocat, puis un autre, on prend un médecin de victime, on part en correctionnelle, on fait du foin dans tous les sens... et les choses s'empâtent, cela finit par prendre des années pour finalement être moins réparé que si on avait fait les choses simplement.

Un avocat oui, un mandataire de victime pourquoi pas, un médecin de victime aussi, mais pas de procès! Il vaut mieux un mauvais accord qu'un bon procès très long et pénible psychologiquement. 

samedi 8 octobre 2016

Partir pour ne pas nuir

  Un de mes confrères avait quitté précipitamment la médecine générale il y a quelques années et je n'avais jamais compris pourquoi; toutes les théories, toutes les rumeurs malveillantes couraient sur son compte: "il s'est maqué avec des gens malhonnêtes" " il s'est fritté avec son confrère" "il a voulu privilégier sa vie de famille" "il était au bord du burn out" et j'en passe etc.

Et je ne comprenais toujours pas. Puis miracle: un jour je demande à une amie ce qu'elle en pense: "Je crois que ton docteur, il a loupé une embolie pulmonaire et il a du se sentir extrêmement mal. Il allait voir son patient tous les jours et il s'était beaucoup impliqué". 
Et voilà, un médecin compétent qui n'a pas pu réparer son erreur ( patient décédé!), n'a pas pu se confier à quelqu'un ( que va-t-on penser de mon acte?) et qui a préféré partir plutôt que de risquer de faire une autre erreur. 
C'est dommage, tout le monde en fait des erreurs, mais dans le domaine médical cela peut prendre des allures dramatiques. 

Alors j'en reviens  à mon idée du blog précédent: si un confrère venait voir régulièrement les médecins en posant la question, non pas "confrère, as-tu péché", mais "confrère, penses-tu avoir péché", et leur donnait les moyens de se former à nouveau sur le thème qu'ils ne maîtrisent pas, les médecins seraient de nouveau enthousiastes et auraient envie de continuer leur métier.

Seul hic: ce n'est pas du tout le but de la Sécurité Sociale, on n'est plus dans le soin mais dans une gestion comptable de la santé; mes confrères et moi pourrions être des Dieux, des rois du diagnostic et du soin, nous sommes des délinquants, l'un donne trop d'arrêts, l'autre de bons de transports, l'autre encore trop de séances de kiné... 

Pauvres médecins, et surtout pauvres patients. Heureusement, il y a toutes les médecines alternatives qui ont le vent en poupe, mais évidemment qui peuvent devenir casse-gueules si il y a un réel problème genre cancer ou phlébite. 


vendredi 7 octobre 2016

Y'a des types qui méritent des bisous


Ce matin  je cogne à la la porte d'un salarié arrêté depuis deux semaines. Son frère m'ouvre, "C'est pour quoi? Il dort encore".
Il n'est pas disposé à me faire entrer. Trois minutes après je vois le salarié en caleçon et de très mauvaise humeur: "Qu'est-ce que c'est que cette histoire? Le travail me contrôle?"
Il fini par s'habiller, me faire rentrer en grognant puis me dit: "on va téléphoner au travail pour vérifier ce que vous dites".
Il appelle; je crois comprendre que l'employeur dit au départ "non, nous ne contrôlons pas nos salariés", puis comme il insistait "mais la dame est devant moi!" l'employeur a daigné répondre " nous vérifions à titre systématique, ce n'est pas contre vous". 

Autant dire que je n'étais pas très rassurés, deux grands noirs en face de moi, un peu hostiles...

Puis dés que mon salarié raccroche, son visage s'éclaire, " j'ai compris, c'est le travail. Vous voulez un café?
-Non merci , je suis pressée.
- En tout cas prenez ces deux pains au chocolats, vous n'avez pas l'air d'avoir mangé ce matin". 

Et devinez ce que j'ai fait: un gros bisou sur ses deux joues!
Médecin contrôleur d'arrêts de travail new age!



mardi 4 octobre 2016

Prison pire que la prison

Un nouveau patient prend un traitement psychotrope  lourd. Pas d'explication, hormis " j'ai eu un accident, je ne suis pas bien". Quand je lui ai demandé s'il pouvait le baisser un peu il m'a dit "non, ils ne veulent pas, c'est le CMP qui me prend en charge". 
Le type est détruit, dort toute la journée, marche à pas lents et pesants. Il ne peut évidemment pas travailler dans cet état. 

C'est l'épouse qui m'a donné la cause de cet état de fait: " mon mari a fait quelque chose de répréhensible aux yeux de la loi et il a été déclaré irresponsable. Alors on l'a obligé à prendre ce traitement qui l'abrutit. Il a des prises de sang mensuelles pour vérifier qu'il ne l'arrête pas. Si il l'arrête il part tout de suite à l'hôpital psychiatrique. Il le regrette maintenant, et se dit qu'il n'aurait pas du plaider l'irresponsabilité, maintenant il est déclaré schizophrène et il est suivi à vie en psychiatrie".

Eh oui, une prison encore plus dure que la prison classique, et à vie!!! Quel cauchemar! Il ne s'en sortira que par la mort. Toutes ses idées, ses rêves, ses espoirs  sont bridés par tous ces neuroleptiques, somnifères, antidépresseurs et anti épileptiques. 
Et en plus en prison on garde quelques droits, à l'hôpital psy tu peux toujours tenter de t'exprimer, on te rajoute des cachets si tu parles trop et c'est tout!



dimanche 2 octobre 2016

mauvais gag


Ca c'est pas de chance: 



Un homme âgé de 80 ans est mort étouffé après avoir mangé des grains de riz à son domicile à Montpellier. En arrêt cardio-respiratoire à l’arrivée des secours, il n’a pu être ranimé. Il est mort étouffé.

Le pompier sauvé par les médecins présents sur place

Durant l’intervention, un sapeur-pompier volontaire a été victime d’un infarctus. Il a été immédiatement pris en charge par le personnel médical présent sur place. Pris en charge par ses collègues, il a été hospitalisé au CHRU de Montpellier. Il a finalement été tiré d’affaire.
http://www.20minutes.fr/montpellier/1934595-20161002-montpellier-meurt-etouffe-grains-riz