dimanche 3 avril 2016

Rôle et place du médecin de recours

Médecin  de recours ce n'est pas généraliste. Ca paraît évident comme ça mais ce n'est pas facile de se défaire de certains réflexes.
Le médecin de recours diagnostique, traque les pathologies causées par l'accident en cause. Il peut demander pour confirmer le diagnostic tous les examens paracliniques qu'il juge utiles.  Il ne doit pas se substituer au médecin traitant, ni pour les médicaments, ni pour la kiné ou autre. 
Mais quand le médecin traitant se trouve loin, il m'est déjà arrivé de faire des ordonnances de secours. 
Ca n'empêche pas non plus que le médecin de recours émette un avis sur le traitement: une victime est venue me voir pour des douleurs lombaires intenses. Comme son médecin n'arrivait plus à la soulager, il lui a donné des antidépresseurs, pour tester.
Seulement l'expert en voyant les antidépresseurs, l'a catalogué psy... "et allez jouer ailleurs monsieur",  avec très peu d'indemnités.  Pourtant c'était un accident réel.  
La victime a souhaité demander une contre-expertise et est venue me voir pour l'aider. 
J'ai émis un modeste avis, à savoir que les antidépresseurs ne soignaient pas le mal de dos, que ma victime   avait une vraie pathologie et qu'on ferait bien de faire une IRM.
Et je passe les détails, mais la victime  va mieux, se sèvre des antidépresseurs; et je suis très gênée pour le médecin car elle n'a pas dû être tendre avec lui. 

Pour conclure brèvement, le fait de  prendre des  anti-dépresseurs ne rend pas crédible la victime, et l'expert, homme pragmatique va avoir tendance à expédier et cataloguer. Sauf si évidemment la prise d'antidépresseurs est compréhensible (mais pas forcément utile pour la guérison, l'EMDR est plus efficace) comme par exemple lors d'attentats. 

PS: l'EMDR ( Eye Movement Desensitization and Reprocessing, ou Mouvement des yeux, Désensibilisation et Retraitement (de l'information )est une technique reconnue suite à un grave stress , http://www.emdr-france.org/



mercredi 30 mars 2016

médecin des assurances, un métier exigeant

Plusieurs victimes sont mécontentes d'un expert d'assurance qui ne prendrait pas le temps de les écouter, d'exprimer leurs griefs et leur désarroi, qui les examinerait très succinctement et qui ne prendrait pas en compte tous les documents présentés. 
Et elles demandent une contre-expertise. 
C'est leur droit.
Ce qu'il faut savoir, c'est que les experts d'assurance sont extrêmement bien formé, une année de plus que votre serviteur, avec des stages. 
Et la décision pour les assurance de leur donner ou non du travail dépendra de la qualité de leur expertise: pas trop généreux mais juste. Il faut que la victime se sente comprise.
Si les assurances doivent débourser pour un nouvel expert, c'est qu'il y a eu un loupé. 

Mais le conseil minimum que je donne à une victime, c'est que si au pire elle n'est pas accompagnée d'un médecin de recours, qu'elle n'y aille pas seule, c'est trop déstabilisant. 


dimanche 27 mars 2016

Etre honnête avec avec l'expert

Les experts utilisent des tas de trucs pour débusquer les simulateurs, faire tomber son stylo par mégarde et voir comment la victime le ramasse, rappeler la victime victime d'un traumatisme cervical sur le pas de la porte pour voir comment elle tourne son cou, vérifier l'air de rien comment la victime se relève du divan après l'examen etc. On n'arrive à  tromper  qu'exceptionnellement l'expert.

Je ne connais pas tous les trucs et d'ailleurs ne tiens pas forcément à les connaître, mais juste un petit conseil: le préjudice doit être réel et la victime n'a pas à l'amplifier.
Par contre on peut parler (selon les missions d'expertise) du préjudice d'angoisse (peur d'avoir attrapé le SIDA), de l'incidence professionnelle, des souffrances endurées anciennes et présentes, du changement de vie suite au préjudice, qu'il soit sexuel ou professionnel, ou d'agrément etc. il y a des tas de choses que l'on peut mettre en avant sans en plus faire croire qu'on ne peut pas se mouvoir, qu'on est trop enraidi. 

Malheureusement certains patients sont de bonne foi, et instinctivement évitent la position douloureuse, donc certains mouvements mais il n'existe pas de base physique, l'expert ne le quantifie pas. C'est alors que le kiné et les médecines parallèles prennent toute leur importance et la victime finira par récupérer. Alors il ne faut pas qu'elle se vexe de ce que dira l'expert. 

samedi 26 mars 2016

état antérieur et preuve du préjudice

Un octogénaire veut se plaindre de son ostéopathe qui "l'aurait détruit". Il souffre de douleurs violentes depuis quelques années dans le thorax et l'abdomen à cause de ses manipulations.

Je n'ai aucun doute sur sa bonne foi, et sur le fait que la manipulation  lui ait provoqué des douleurs intenses.
Mais quelque  chose est fondamental dans une expertise: l'état antérieur. S'il était prouvé que le patient avait de l'ostéoporose importante avant d'avoir sa manipulation, le préjudice sera plus difficile à objectiver. Qui sait si "la bouteille n'était pas déjà pleine, et qu'il ne fallait qu'une goutte d'eau pour la faire déborder"?
Si le kiné qui a pratiqué cette manipulation n'a pas le diplôme d'ostéopathe, c'est plus simple. Mais s'il a pratiqué une manipulation reconnue et s'il a son diplôme... j'espère que ma victime a un bon avocat. Et je vais tout faire pour l'aider du mieux possible. 

vendredi 25 mars 2016

Ne jamais se précipiter

Une avocate m'appelle, ce vendredi soir 17h30: " il faudrait accompagner une de mes clientes ce mercredi (après Pâques), Je ne suis pas sûre que vous puissiez la voir avant l'expertise".

Bien non, ce n'est pas possible, on ne fait jamais rien dans la précipitation, mes prof m'ont déconseillé cela formellement: il faut voir le client ( bien oui, ça s'appelle comme ça quand on est médecin de recours)
-  l'examiner; 
- lui programmer éventuellement des examens paracliniques; 
- lui faire écrire ses doléances, c'est à dire ce qu'elle souffre ou qu'elle ne peut pas faire au quotidien; 
- la prévenir de comment se passera l'expertise.
- étudier le dossier afin de faire valoir au mieux la réalité de son préjudice.

On n'est plus dans l'urgence, ce n'est pas le SAMU, c'est de la réparation juridique. Le SAMU, six mois ça m'a suffit pour décider que ce n'est pas pour moi, dormir avec ses chaussures toute habillée,  faire pipi dans l'urgence tout en ayant la frousse d'un appel genre "arrêt cardiaque, voiture 3 en route", non merci . Mais aider une personne à finir son parcours de victime afin qu'elle puisse de nouveau regarder vers son avenir, c'est vraiment ce qui est extrêmement enrichissant en ce qui  me concerne. 

En conclusion, il ne faut avoir aucun état d'âme à reporter l'expertise. 

dimanche 13 mars 2016

Effets secondaires : faut-il interdire aux mineurs le Deroxat, l'antidépresseur numéro un en France ?

Connait-on vraiment les effets secondaires de nos médicaments ? La France se donne-t-elle les moyens de contrôler les tests en laboratoires avant leur commercialisation ? Pas vraiment, répondent la pneumologue Irène Frachon, le journaliste Jean-Christophe Brisard et l'avocat Antoine Béguin, Distilbène, Vioxx, Dépakine… de nombreux médicaments sont pointés du doigt. "Effets secondaires. Le scandale français" dénonce ainsi des mises en vente "marquées par l’absence de précaution et/ou le sceau du profit".
Parmi les molécules particulièrement pointées du doigt dans le livre : la paroxétine, commercialisée en France sous la marque Deroxat. Vendu dans l'Hexagone à 10 millions d'exemplaires en 2013 (derniers chiffres disponibles), cet antidépresseur est le plus utilisé des Français. A l'échelle mondiale, "au moins 100 millions de personnes utilisent" cette molécule mise en vente depuis 1992, selon l'ouvrage. Problème ? "Cette réussite a vite tourné au cauchemar", poursuivent les auteurs. Car le Deroxat est (entre-autres) accusé d'entraîner de fortes tendances suicidaires chez les mineurs, tout en étant inefficace pour eux. Il a au total suscité le dépôt de 5.000 plaintes aux Etats-Unis depuis sa commercialisation. "Ce qui nous pose question", poursuit Jean-Christophe Brisard à Europe 1, "c'est qu'il continue à être prescrit et vendu en France, y compris à des mineurs".
Qu'est-il reproché au Deroxat ? La paroxétine est commercialisée en France et dans le monde par le laboratoire anglais GSK, depuis 1992. Seulement voilà : depuis sa mise sur le marché, elle ne cesse d'être contestée. Dernière critique en date : celle d'un groupe de chercheurs international, lors d'une étude parue en septembre dernier dans le British Medical Journal (BMJ). L'étude a passé au crible les résultats d'une autre étude, commandés par GSK et publiée en 2001. Or, après ce nouvel examen des données (obtenues "avec difficulté", dixit l'article), les chercheurs arrivent à une conclusion opposée de celle de GSK à l'époque : "la paroxétine n'a pas montré une efficacité pour la dépression sévère des adolescents". Au contraire "une augmentation des risques (de suicides) a été observée", poursuit l'étude publié dans le BMJ.
En réalité, tous les antidépresseurs sont plus ou moins soupçonnés d'accroitre les risques de suicide (en quelque sorte, ils sont soupçonnés d'enlever l'appréhension du passage à l'acte chez les dépressifs). Mais la paroxétine est particulièrement accusé d'augmenter ce risque chez les mineurs… tout en étant parfaitement inefficace pour eux !
Controverses en série chez les Anglo-saxons… Cette étude conforte les accusations de nombreux plaignants aux Etats-Unis, où la paroxétine est commercialisée sous la parque Paxil. Outre-Atlantique, pas moins de 5.000 plaintes ont été déposées contre le laboratoire depuis 1992. Comme le raconte l'ouvrage à paraitre jeudi, 500 l'ont été après des suicides ou des tentatives de suicides des patients. Mais pas uniquement : 600 l'ont été de la part de femmes enceintes après des malformations de leurs enfants. Et 3.200 patients dénonçaient le fait d'être devenus dépendants au médicament.
"Comment les effets secondaires ont-ils pu être dissimulés auprès de la FDA (l'autorité sanitaire américaine). Les autorités américaines ont une réponse : GSK a menti !", peut-on lire dans l'ouvrage à paraître jeudi. A partir de 2004, la FDA impose d'ailleurs un bandeau d'alerte, bien plus visible qu'une notice, indiquant clairement tous les risques sur les boites de médicaments. Quant au Royaume-Uni, des poursuites sont en cours et les autorités sanitaires interdisent le médicament pour les mineurs.
Mea culpa du laboratoire du laboratoire lui-même. Ces plaintes ont également conduit le laboratoire à verser, en 2012, 3 milliards de dollars à la Justice américaine et près d'1,5 milliard de dollars aux plaignants, dont 390 millions rien que pour les cas de tentatives de suicide. Et cela avait surtout poussé GSK à une sorte de mea culpa. "La paroxétine est déconseillée chez l'enfant et l'adolescent", elle est "associée à un risque accru de comportement suicidaire et d'hostilité", concède désormais le laboratoire, dans son "résumé de caractéristique produit" 5RCP), une sorte de notice à destination des médecins. Le laboratoire va même plus loin, puisqu'il reconnaît lui-même : "l'efficacité de la paroxetine n'a pas suffisamment été démontrée par les essais".
Mais la France ne s'alarme pas. Ce n'est pas la première fois que l'efficacité et la sécurité pour les mineurs d'un antidépresseur sont remises en cause. Mais, souligne le livre d'Irène Frachon, Jean-Christophe Brisard et Antoine Béguin, c'est la première fois qu'elle prend, au niveau mondial, une telle ampleur. Et c'est surtout la première fois qu'un laboratoire lui-même reconnaît que "l'efficacité n'a pas été prouvée" pour les mineurs. Pourtant, accuse l'ouvrage, la France "ne se montre pas aussi prudente" que les Américains, ni même que le laboratoire lui-même.
En France (où il n'existe à ce jour aucune procédure judiciaire connue), l'ANSM, l'autorité du médicament, se contente de "déconseiller" aux médecins la prescription aux mineurs d'antidépresseurs. Et pour les enfants, certains antidépresseurs (et le Deroxat en fait partie) peuvent tout de même être prescrit en seconde intention (après une psychothérapie) "en cas d'absence d'amélioration, car l'antidépresseur peut améliorer les résultats de la psychothérapie en facilitant son déroulement", peut-on lire dans une note de 2006. Quant aux adolescents, "le recours à un médicament antidépresseur (Deroxat compris ndlr) pourra se justifier en première intention dans les épisodes dépressifs 'caractérisés' d’intensité sévère", dit encore cette note.
Quant à la notice destinée aux patients (validée par l'ANSM), celle qui se trouve dans les boites, elle précise bien tous les risques d'effets secondaires. Mais aucun mot n'est précisé sur son inefficacité auprès des moins de 18 ans. Cette notice renvoie la responsabilité au médecin (psychiatre pour les moins de sept ans, généraliste pour les adolescents), qui est libre de le prescrire. "Il est possible que votre médecin décide de prescrire Deroxat à des patients de moins de 18 ans s'il/elle décide que c'est dans l'intérêt du patient", peut-on lire sur la note, citée par les auteurs.
Des mesures restrictives ? "Pas pertinents". "Pourquoi autorise-t-on toujours la prescription en France du Deroxat chez les mineurs alors que son inefficacité et sa dangerosité son avouées par le laboratoire lui-même?", interroge le journaliste Jean-Christophe Brisard. En réalité, le diable semble se cacher dans les détails. Car GSK ne reconnaît pas officiellement l'inefficacité de son médicament pour les mineurs. Il concède simplement que son efficacité "n'a pas suffisamment été démontrée" lors des tests précédemment effectués. Or, faute de mieux, le Deroxat est encore parfois prescrit par les généralistes à des mineurs.
Face à certains patients particulièrement en souffrance, "le médecin n'a pas d'autres choix parfois que de prescrire certains antidépresseurs", explique sur Europe 1 le professeur Stéphane Clerget. "A ses risques et périls", poursuit-il. Car faute de directives précises, toute la responsabilité pèse sur les épaules du médecin.
Cette politique remonte à 2005. Cette année-là, le ministère de la Santé avait réuni un groupe de psychiatres, de pédopsychiatres, de pédiatres, de psychologues, de généralistes et de pharmaciens. Leur conclusion ? "La prescription d'antidépresseurs aux mineurs (Deroxat compris ndlir) reste un acte réfléchi. Il ne parait pas pertinent de proposer des mesures plus restrictives", peut-on lire dans le compte-rendu cité par le livre à paraître jeudi.
http://www.europe1.fr/sante/faut-il-interdire-aux-mineurs-le-deroxat-lantidepresseur-numero-un-en-france-2688697

Moi je suis d'accord, j'ai trop vu de patients tremblants et avec des envies suicidaires sous déroxat. Le seul souci est qu'ils ne font parfois pas gaffe s'ils avaient des envies suicidaires avant ou après la prise. Mais en leur demandant, c'est après. Idem pour Agréal  (aujourd'hui interdit), neuroleptique caché utilisé par des ribambelles de femmes contre les bouffées de chaleurs. Beaucoup ont fait une dépression et on a attribué ces symptômes à leur ménopause. 
Non, la ménopause n'est pas une maladie, mais la prise de l'Agréal a pu le faire croire