lundi 31 août 2015

menaces de sanctions, réactions

Comment les médecins épinglé ont-ils géré cette situation? Plusieurs cas de figure: 
 - le médecin impliqué corps et âme qui disjoncte en recevant la lettre de la Sécu l'informant qu'elle va entamer des poursuite contre elle, et qui finit en psychiatrie; 
- celui qui se met en arrêt prolongé dés la réception de la-dite lettre;
- celui qui accepte la mise sous objectif et arrive à faire les moins 12 ou 22%: ce qui veut dire implicitement qu'il est coupable de faire trop d'arrêts;
- celui qui a accompli brillamment tout son parcours de mise sous accord préalable et que la Sécu n'embête plus. 
-celui qui se syndique,
-celui qui ne se syndique pas, 
-celui qui entame une procédure de justice contre la Sécu et qui perd à tous les coups (la Sécu est gérée directement par le ministère de la Santé, intouchable). 

Moi je vais faire la gentille fille qui va faire tout ce qu'on lui dit et on n'en parle plus... sauf sur mon blog et ailleurs si possible. 

dimanche 30 août 2015

Un délinquant statistique

Trois médecins de Montataire, sur cinq en activité, ont été épinglés, ces derniers mois, par la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Oise, selon le sénateur-maire (PCF) de la commune, Jean-Pierre Bosino. La raison : ils prescrivent trop, notamment trop d'arrêts de travail.

« On ne cherche pas à nous comprendre »

Elle leur demande de réduire la cadence sous peine de sanctions. Pour l'élu -- qui s'est fendu d'une lettre exaspérée au directeur de la CPAM, Marc-André Azam -- cette politique met en danger des territoires déjà fragiles. « Cela tourne au harcèlement, et l'un de nos médecins a failli démissionner pour cela alors que nous bataillons, notamment avec la future maison desanté, pour faire le contraire : attirer des médecins et inverser la tendance actuelle de désertification médicale ! »

Installé dans le quartier populaire des Martinets depuis trente-sept ans, le docteur Michel Artigues fait partie des cibles. En juin dernier, la Sécurité sociale lui a écrit pour signaler qu'il avait franchi la ligne rouge : 4 948 jours d'arrêt de travail prescrits sur quatre mois, entre septembre 2013 et janvier 2014. C'est beaucoup plus que la moyenne régionale (1 363 jours d'arrêt de travail par médecin sur la même période) et... trop pour la CPAM. Pour échapper à la punition, une seule option : il devait diminuer son quota de 13,7 %. Le généraliste de 63 ans a refusé cette politique du chiffre. Aujourd'hui, il fait l'objet d'une mise sous accord préalable des prescripteurs excessifs d'arrêts de travail (MSAP). Concrètement, « il doit obtenir l'autorisation de l'Assurance maladie avant chaque nouvelle prescription d'arrêt de travail », explique la CPAM sur son site. Pour le reste, l'organisme n'a pas souhaité répondre à nos questions.

Fin février, le médecin de Montataire a perdu un recours qu'il avait intenté devant le Conseil d'Etat pour connaître le détail de ces 4 948 arrêts de travail. Pour lui, ils étaient tous justifiés, et il demandait que la CPAM lui prouve le contraire. Un tel chiffre, c'était la première fois en trente-sept ans de carrière. Convoqué devant la commission de la CPAM de Beauvais en novembre dernier, il a énuméré ses arguments, notamment un nombre de patients en hausse et plus élevé que la moyenne. Départ à la retraite, ras-le-bol, voire burn-out, cinq médecins de Montataire -- sur les dix qui exerçaient alors -- sont partis ces quatre dernières années. « J'ai accepté de prendre leurs patients : 1 500 personnes en plus ! Les autres cabinets ont refusé. Alors, évidemment, je prescris plus. Je voulais croire que la vocation d'un médecin était d'aider les autres. J'ai eu tort, j'aurais dû me protéger plus. »

Autre réalité du terrain que les chiffres ne disent pas : il y a plus d'arrêts de travail chez les ouvriers -- la majorité des habitants de Montataire -- que chez les cadres. « J'ai la réputation d'être strict sur ce sujet, mais je rencontre aussi plus de pathologies que la moyenne, liées à des conditions de travail difficiles. En France, un médecin compte parmi ses patients 15 hernies : j'en ai 165 ! »
http://www.leparisien.fr/espace-premium/oise-60/trop-d-arrets-de-travail-a-montataire-pour-la-secu-19-03-2015-4615755.php

Oh le méchant coupable, il mérite d'être montré du doigt, mis au pilori, celui qui creuse le trou de la Sécurité Sociale à presque lui tout seul! Quel honte, toute l'opprobre est jetée sur la profession, odieux crime statistique!!!   Napoléon n'avait pas noté  ce délit dans son code civil, normal, on est plus évolué à présent. Et on a sûrement plus de neurones grâce à internet et aux jeux vidéo et à la mondialisation....

Je suis tout aussi coupable.

arrêts pour bien portants

Un  fonctionnaire m'a raconté un arrêt de travail un tout petit poil exagéré: une agrafeuse à main est tombée sur le pied d'une employée, trois semaines d'arrêt de travail.

On pourrait lancer le concours  du plus dingue des arrêts pour bien portants.

Par exemple celui qui veut trois jours pour déménager, celui qui veut aller chercher une voiture à 800 km et ne veut pas entamer son capital-congé, celui qui cuve son week-end le lundi.

Qui en a un bien croustillant?

samedi 29 août 2015

dépression suite à hépatite C

J'ai mis un patient en arrêt de travail plusieurs fois depuis quelques mois. Le motif "je suis fatigué, je n'ai pas le moral". C'est un bon vivant, surtout avec les potes le week-end. 
Je ne comprenais pas, sentais qu'il y avait peut-être autre chose mais sans savoir quoi. 

Il y a un mois il s'est présenté jaune comme un coing. Bingo! Une hépatite C qui l'a pris par surprise si je peux dire. Et pour une surprise c'en est une: ce bon vivant aime les femmes, les potes et le vin, (pas de favoris dans ces trois éléments) et pas autre chose! 

Et ça m'a rappelé une patiente qui s'était retrouvée il y a 15 ans en psychiatrie pour grave dépression. Un psychiatre plus avisé que les autres au bout d'un mois lui a diagnostiqué une hépatite C. Depuis elle sait contre quoi se battre et elle n'est jamais retombée en dépression.

Alors ce type, je suis "heureuse" d'avoir enfin une explication à son mal-être et à ses arrêts de travail. 

jeudi 27 août 2015

Sécu: moyens de répression

La Sécu a depuis quelques années a fait tous ses efforts pour enrayer l'épidémie d'arrêts de travail:
- D'abord les contrôles aléatoires d'assurées
- ensuite l'obligation depuis quelques années pour les médecins d'écrire le motif de l'arrêt. Quand cette mesure est arrivée ça a fait grincer quelques dents et des médecins se rebellaient en écrivant le motif  "absent pour maladie". La Sécu n'a pas relevé d'après ce que j'en sais.
- Puis est venu le temps des télétransmissions d'arrêts de travail: la Sécu pouvait en théorie vérifier le jour même l'assuré resté chez lui. Le médecin, en même temps qu'il faisait l'arrêt en ligne, marquait le motif: le nombre de jours recommandé s'affichait. Trois jours pour une gastro par exemple.
-Et là, cerise sur le gâteau, la répression arrive depuis peu. 

Un de mes confrères n'a pas pu signer la lettre recommandée qui lui donnait le choix entre la mise sous objectifs ou la mise sous accord préalable ( procédure beaucoup plus lourde mais qu'il faut choisir car elle prouve que nous n'avons rien à nous reprocher) car il était en vacances.
Il a été mis sous objectif, a demandé à tous ses correspondants de faire les arrêts à sa place quand c'était possible.... a été exemplaire.
Là-dessus un médecin de la Sécu vient pour un "échange confraternel"; tous ces confrères viennent ce jour-là pour le soutenir. Et là... peut-être que le médecin de la Sécu s'est sentie en danger au milieu de tous ces médecins un peu hostiles: elle a porté plainte contre le confrère pour séquestration!!!
Mon confrère a les pires ennuis, tribunal etc.

Quand le médecin de la Sécu se pointera, la consultation se passera au rez-de-chaussée, les fenêtres ouvertes, la porte béante en présence de témoins dans la salle d'attente; il ne faudrait pas qu'il se sente attrapé comme dans une chasse à courre avant la curée. Tant pis s'il fait 0 degré. 

Quelqu'un veut la mise à mort de la médecine générale. Je dirais, pourquoi pas, qu'on secoue toute la poussière accrochée  à la médecine de Papa, qu'on fasse un grand ménage, mais qu'on propose quelque chose de nouveau et de viable qui satisfasse patients comme professionnels. 


Monomanie

Je vis Sécu, je parle Sécu, je rêve Sécu  et arrêts de travail,  même au moment X avec mon compagnon.   ça va devenir une monomanie.

mercredi 26 août 2015

Je deviens comptable

Un patient se présente hier complètement défait, amaigri au point que je ne l'ai pas reconnu du premier coup. Il a perdu un être cher, ne dort plus, ne mange plus, épuisé, il ne peut plus assurer son poste à responsabilité:
" Bon, je vous mets 4 jours pour récupérer, je ne peux faire plus.
- Auriez-vous pu faire quand même deux semaines? m'a-t-il demandé d'une voix douce et désespérée.
- Désolée, je suis sous contrôle, vous continuerez avec votre médecin traitant si besoin".

Et voilà, je me suis transformée en comptable, à compter le nombre de jours d'arrêts que je donne quotidiennement. Il y en avait 38 lundi, 10 mardi. Je suis dés à  présent dans une logique comptable, je pinaille le moindre jour, je demande si le type peut quand même faire de la présence, si son patron est conciliant. Bientôt je demanderai aux patients d'aller au travail avec leur plâtre, ou leurs plaies. 
Quel bazar ce sera dans les entreprises!

Je n'ai pas sué sang et eau durant mes études de médecine pour arriver à ça. Si j'avais su j'aurais fait tous les diplômes requis pour être cadre à la Sécu.