samedi 30 septembre 2017

S'assurer et surtout déclarer ses préjudices

Parfois les victimes ont des scrupules à porter plainte, parce que c'est le voisin et qu'on ne veut pas se mettre mal avec, c'est le cheval de la belle-mère qui lui a bousillé le pied (c'est la belle-mère, on se la ferme pour ne pas être mal avec madame), c'est le meilleur  copain qui a crevé un œil à son fils, et j'en passe.

OK, mais je leur réponds "à quoi servent les assurances que vous souscrivez? Ce sont des faits  qu'il faut déclarer".
Par exemple dans le cas de la perte d'un oeil, l'autre finit parfois par se fatiguer et cela peut aboutir à une catastrophe: plus de conduite, plus de travail, la cécité... 
Evidemment ce n'est pas obligatoire, mais j'ai un dicton "c 'est toujours quand on ne prévoit pas un truc, qu'il peut nous tomber dessus".
D'autant plus que les coupables ne vont pas en prison pour un préjudice non intentionnel (ça part en correctionnelle au bout de 90 jours d'Incapacité Totale de Travail). 

Alors s'assurer, c'est un premier pas, déclarer ses préjudices, tout aussi important. 

Comment l’absentéisme des salariés tue la sécurité sociale

        Et si l'absentéisme des salariés était l'une des causes principales du déficit de l'assurance maladie? Le PLFSS 2018 le rappelle une fois de plus: les indemnités journalières augmentent beaucoup plus vite que la dépense de santé en France.

  Pour bien comprendre l'un des vices qui affectent le plus notre système de santé, il faut mettre en parallèle le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018 avec le rapport 2017 de la commission des comptes de la sécurité sociale et avec le panorama de la santé de la DREES dont est tiré le tableau ci-dessus.  Celui-ci montre que le coût des indemnités journalières depuis 2007 est passé de 11 à 14 milliards €, soit environ 30% d'augmentation en une dizaine d'années. Le rythme de hausse est ici bien plus élevé que celui des médicaments.

Si la France luttait contre l'absentéisme des salariés et revenait, bon an mal an, à la dépense de 2007, elle retrouverait un excédent structurel de son régime maladie. Rappelons en effet que ce déficit se situe bon an mal an entre 4 et 6 milliards €.
 Une réduction massive de l'absentéisme permettrait donc d'assainir une part importante du déficit du régime général. mais pourquoi l'absentéisme des salariés augmente-t-il autant? Comme le souligne la Commission des Comptes, la hausse des indemnités journalières contribue pour 23% à la croissance des prestations de soins de ville.

 Elles constituent donc un élément clé de la maîtrise des dépenses de santé et semblent, pour le coup, déconnectées de l'évolution tendancielle des dépenses de soins. La hausse de l'absentéisme s'explique en effet plus par des raisons internes à la vie des entreprises que par des raisons liées à l'état sanitaire de la population.

  Il serait ici cohérent que les employeurs soient responsabilisés dans l'évolution de l'absentéisme. Ils sont en effet les responsables finaux de cette situation. Cela ne signifie pas qu'ils rendent malades leurs salariés. En revanche, si l'absentéisme augmente deux fois plus vite que la dépense de santé, le phénomène ne peut s'expliquer que par des raisons spécifiques...

On notera que, dans le PLFSS 2018, la ministre Buzyn se montre extrêmement timide sur le sujet. Elle prévoit seulement 165 millions d'économies au titre des indemnités journalières, ce qui représente une très faible modération de la hausse prévue. Il serait de bon sens qu'un travail de conscientisation global sur le coût de l'absentéisme soit entrepris.  Sur ce coup-là, en effet, l'effet "passager clandestin" de la sécurité sociale joue à plein: il permet aux employeurs d'exporter sur la collectivité le coût de leurs pratiques internes et favorise ainsi le mal être au travail.
http://www.entreprise.news/labsenteisme-salaries-tue-securite-sociale/

Je n'ai qu'une chose à dire: tant qu'on sera gouverné par des enarques et des comptables, mais pas des gens qui réfléchissent à l'Humain, on est mal barrés.

vendredi 29 septembre 2017

Questionnaire de la Sécu


Madame, Monsieur,

Nos assurés nous interpellent régulièrement sur leurs difficultés d’accès aux soins dans l’Oise.

Face à la vraisemblable pénurie de médecins dans notre département, la CPAM de l’Oise vous donne la parole et lance une grande campagne d’appel à témoignages.

Votre vécu nous permettra d’illustrer la situation, le cas échéant, afin d’alerter éventuellement nos élus et pouvoirs publics.

Racontez-nous votre histoire, à savoir :
• Votre médecin a cessé son activité ou a quitté votre ville, vous avez des difficultés pour trouver un nouveau médecin traitant.
• Vous devez patienter plusieurs mois avant d’obtenir un RDV chez un médecin spécialisé.
• Vous avez renoncé à certains soins.
• Vous allez directement aux urgences.
• Vous vous faites soigner dans un autre département ou loin de chez vous.
• Vous n’avez pas été confronté(e) à des difficultés d’accès aux soins
• Etc.
Nous vous remercions par avance de votre participation. Votre contribution sera précieuse dans la recherche de solutions.
Très cordialement.
Le Directeur de la CPAM de l’Oise


Voici ce que j'ai reçu de la Sécu!!!
Mais c'est qu'ils s’inquiéteraient de la pénurie de médecin! Comme c'est attentionné de leur part!
J'ai fini d'être sous la férule de la Sécu et plus rien ne m'obligera à faire le moindre remplacement à fortiori une installation.
Je leur ai répondu que leur questionnaire était une blague. Genre, on frappe son bébé, puis "oh je t'ai fait mal mon chéri?". 
Stop  à l'illogisme. 
la Guadeloupe avec ses multiples plages, avec ou sans Hugo, Maria ou Irma c'est beau. 

dimanche 24 septembre 2017

Emilie Simon - Holy Pool Of Memories [Franky Knight]

J'ai eu envie de la faire partager, Emilie Simon a un univers très personnel que j'adore!

Syndrome frontal illustré

Un de mes patients, 70 ans me faisait moult compliments, à chaque fois qu'il venait. A part que quand son épouse venait, il se réfrenait!

Mais lorsqu'on était seuls, il m'avait  déjà pris dans ses bras, versé des tas de petites larmes "je suis trop émotif", il se plaignait parfois de son épouse qui ne le comprenait pas.  Il ne faisait plus rien si elle ne le motivait pas, il se laissait aller.  Et il n'avait pas conscience de ses problèmes. Il oubliait des tas de petits choses au quotidien en faisant état de sa distraction naturelle. 
Evidemment l'épouse étant présente, c'est elle qui prenait: elle osait aller à la piscine avec ses copines tandis qu'il se reposait!!!  Ca méritait bien des torrents de larmes. 
Et moi non plus, c'était un peu nébuleux, surtout au début.  

Et puis un jour j'ai compris: C'était un syndrome frontal, tellement discret qu'il menait une vie de retraité paisible si l'on peut dire, entre son épouse et ses nombreux petits enfants. 

Le syndrome frontal est causé par, entre autres causes un AVC au niveau du lobe frontal. Il provoque une désinhibition, des émotions très changeantes, des troubles de mémoire.  

L'épouse a fini par comprendre et ne plus se mettre en colère contre lui, d'autant qu'il a cumulé des micro-AVC malgré un suivi neurologique et cardiologique, et qu'il n'est présentement plus là pour en parler. 



samedi 16 septembre 2017

vous avez un cancer, c'est 60 euros


 Les consultations dites « très complexes » seront encore plus chères : 60 € (toujours remboursées à 70 %). Il s'agit, par exemple, des consultations pour des maladies congénitales du fœtus ou encore en cas d'annonce du cancer. Les médecins justifient cette tarification élevée par des consultations compliquées et très longues.

La Sécurité sociale ne remboursant pas l'intégralité du prix de la consultation, cette augmentation va peser sur les personnes qui n'ont pas de mutuelle pour prendre en charge les 30 % du prix de la consultation qui restent à payer après le remboursement par la Sécu.

http://www.brujitafr.fr/2017/09/de-nouveaux-types-de-consultations-medicales-a-46-et-60-euros.html

Cette loi n'a pas été faite par des médecins. 

Vous vous imaginez dire à un patient: "vous avez un cancer, vous allez voir un spécialiste, c'est 60 euros"? J'ai du mal. 
Ou alors on peut enjoliver les choses, on peut devenir lyrique, verbeux, 

"Madame, sachez que la vie est une longue maladie qui finit toujours de la même façon, dont l'issue est toujours fatale etc. "

"Madame, vous avez un mari et de beaux enfants, qu'avez-vous besoin d'avoir encore un utérus dont j'ai eu les résultats de la biopsie. Cela ne va pas trop vous plaire, mais sachez que la médecine a fait de grands progrès etc."

"Monsieur, je suppose que les fariboles à votre âge se font rares, alors vous n'allez pas trop souffrir si je vous dis que la prostate est devenue votre ennemie et qu'il faut la retirer". 

Il faudra prendre des cours de rhétorique,  avoir des belles phrases comme les avocats pour justifier notre salaire. On n'a pas appris ça en fac.

J'espère que les médecins sont plus simples que ça: "madame vous avez une cochonnerie, les résultats ne sont pas très bons.

-Ah? Je suis bouleversée, malheureuse, que vais-je faire etc.
(on l'écoute gentiment et on compatit, ce n'est pas drôle du tout)
- Je vous envoie chez un médecin en  qui j'ai toute confiance. On va se battre, vous êtes d'accord?"

En 20 mn cela peut être fait, ou en plus de temps, et alors? Cela me choque de comptabiliser tout cela. 

  



mardi 12 septembre 2017

Un contrôle d'arrêt

Ce jour un contrôle d'arrêt de travail, un sac de prunes de Cythère!    Ça change du café, que les salariés m'offraient très souvent. On en fait du délicieux jus de fruit: 

- On les passe à la centrifugeuse après les avoir lavés puis coupés, on prend le fruit vert. 
-  on rajoute du sirop de canne
- un citron vert
- de l'eau 

Bon appétit! 








samedi 9 septembre 2017

histoire de patients

Dans ma vie d'avant, quand j'avais un cabinet, il y avait un nombre exceptionnellement bas de patients que je ne supportais pas. 
Quand l'un de ces hérisse-poils  arrivait, je leur vantais les vertus du docteur Cravatte, au point que l'un d'eux m'avait répondu agressivement: "mais je sais qu'il est très bien Cravatte , pourquoi me dites-vous tout cela?". Visiblement il n'avait pas compris qu'entre lui  et moi c'était incompatible. 

Il y avait aussi un patient dont je ne supportais pas l'humour pédophile, raciste, les jeux de mots gras et les confidences libertines. Il arrivait, ne laissait jamais son épouse seule avec moi ni même sa fille: il l'accompagnait à chaque consultation. Je suppose qu'il craignait pour la fille que je lui prescrive la pilule sans qu'il le sache... ce que bien évidemment j'aurais fait. En ce qui concerne l'épouse, il voulait  je pense s'assurer qu'elle ne me faisait pas de confidence malvenue. 
Sa fille a fini par se tirer de la maison à l'âge légal, son fils aussi, et son épouse a choisi en conscience la voie du Ciel. J'ai considéré que c'était une délivrance, vu les penchants pervers de son époux.

Et quand je voyais passer des glycémies de ce patient "3.4g/l, 2.8g/l, une petite voix mauvaise au fond de moi disait "je m'en fiche", et parfois je l'écoutais, ce Jiminy Cricket malveillant . De toute façon ce patient mangeait du chocolat et des bonbons de façon éhontée. Tous les prétextes étaient bons pour se laisser tenter "on me les a offerts, il faut bien les finir" ou "les enfants n'ont qu'à pas acheter des cochonneries" etc.

Et ce patient, au moment de me dire au revoir pour de bon, parce qu'il déménageait, m'a offert une bouteille de bon vin "pour mes bons services"!

J'en suis restée comme deux ronds de flan! Je n'ai toujours rien compris, n'ayant pas forcément été très aimable avec lui. Comme quoi...

jeudi 7 septembre 2017

médecin bénévole?

Pour l'instant, Saint Barth et Saint Martin ne sont pas très joignables. 
J'imagine qu'au niveau sanitaire aussi ils sont aussi dans la misère. 

Je vais proposer mes services comme médecin bénévole, on verra bien. Et puis  je dois dire que faire de la médecine sans la tutelle de la Sécu me botterait assez: je n'aurais pas à lui rendre des comptes puisqu'elle ne me paierait pas.
Je n'ai pas fait médecine pour faire faire des économies à la Sécu, ce n'était pas mon but premier, même si j'ai daigné faire faire quelques économies pour ne pas gaspiller les fonds publics. 

Et je me sentirais utile. 

mardi 5 septembre 2017

Lenteur de l'indemnisation

Aujourd'hui je ne travaille pas, ne prospecte pas, tout le monde attend avec appréhension  la reine Irma qui peut débouler sans prévenir sur notre île si magnifique. 

Ce qui peut et qui déstabilise en général les victimes est la lenteur de la justice qui peut mettre les victimes en grave difficulté.

On attend à tous les niveaux, 
- la convocation de l'expert, ce n'est pas le pire,
- le résultat de l'expertise, les rapports sont parfois rendu jusqu'à deux mois de retard, mais ce n'est pas horrible
- la proposition des assurances: 5 mois maxi, ils tiennent à peu près les délais. 

Mais quand on passe en judiciaire, c'est une autre paire de manche: le juge a trop tendance à reporter à trois mois pour un papier manquant, et de trois mois en trois mois, ça traîne et les victimes sont exsangues financièrement....

Et là, c'est inutile que je sois trop pressée pour mes honoraires, y'a pas d'argent. Même s'ils sont remboursés en fin de compte, ils n'ont pas de matelas douillet en banque.  

Alors, on a beaucoup amélioré le sort des victimes, au moins financièrement, néanmoins cette question de lenteur de réparation pose un véritable problème. 
On rappelle quand même que ce sont les victimes, pas les agresseurs.



samedi 2 septembre 2017

De l'utilité d'un avocat

Certaines victimes se disent:
"j'ai mon bon droit avec moi, la médecine du travail a établi qu'il y avait faute inexcusable de l'employeur" ou
 "je ne suis pas coupable, j'ai freiné  sur un cédez le passage  pour laisser passer la dame , qui ne voulait pas passer, je lui ai montré qu'elle pouvait passer, elle ne faisait rien. Alors j'ai avancé et elle  à ce moment-là a décidé de démarrer et m'est rentré dedans " ( et ça a fini que le motard a été déclaré coupable). Et encore:
"C'est la moto qui m'est rentré dedans", (c'est juste que la moto a déclaré à la police qu'elle avait été bousculée). 

Il y a plusieurs cas de figure:
- L'histoire est limpide comme de l'eau de source, mais les assurances ne sont pas convaincues de l'innocence du conducteur et ça traîne en longueur.

- La victime part au tribunal, la fleur au fusil car elle est sûre de son bon droit et estime qu'elle ne doit pas être défendue par un spécialiste, le juge fait report sur report, il manque toujours des papiers et ça peut durer 5 ans;

- L'histoire de la victime est compliquée, complexe et si elle décide de ne pas se faire aider, elle ne risque pas de gagner face à la partie adverse. 

- Ou bien  elle tempête:  "j'ai raison", sans argumenter, et forcément elle aura tort. 

Quoi faire? Un avocat! 

Quand il est bon, il peut accomplir des miracles, quand bien même la partie est loin d'être gagnée; comme dans cette affaire d'erreur médicale commise sur un grand-père de 86 ans: Il se plaignait depuis quelques temps d'une petite fatigue à son médecin traitant.

Celui-ci: "Mais enfin monsieur, vous faites du footing sous mes fenêtres chaque matin, vous allez bien! Je vais vous donner quelques vitamines".  Et le patient  a fait un AVC. 
En fin de compte c'était une maladie du sang, le médecin était passé à côté! Mais sans un bon avocat, ce grand-père n'aurait jamais gagné, la partie adverse a utilisé tous les arguments "c'est l'âge, ne pas diagnostiquer n'a rien changé..."
L'avocat était motivé, la victime  a eu 20% de perte de chance et un remboursement de tous ses frais!

Compris?