samedi 28 mars 2015

le pilote et les drogues psy

Je relaie

COMMUNIQUÉ

Au fur-et-à-mesure que les informations nous parviennent, celles-ci  permettent de tenter de comprendre les réactions d’Andreas Lubitz pendant les dix dernières minutes du vol de l’Airbus A320 de la Germanwings.
Étant malheureusement habitué à décrypter ce genre de situation, et en l’absence de communication de la liste de psychotropes ordonnés, et surtout des « analyses toxicologiques » nous ne pouvons à cette heure, qu’interpréter l’excellent travail du Procureur de Marseille quand il met l’accent sur le mot « laconique ».
Un « traitement lourd », en psychiatrie cela ressemble davantage à des « neuroleptiques » de type « Zyprexa » ou « Haldol » qu’à de simples « antidépresseurs » ordonnés par des médecins généralistes.
 Un traitement lourd, c’est un traitement ordonné par des psychiatres comportant des « neuroleptiques » ou « antipsychotiques » avec des « benzodiazépines" comme le Xanax ou le Valium, plus des hypnotiques comme l’Imovane.
Les antidépresseurs sont davantage considérés comme des « placébos », toutefois, la composition de nouveaux produits (Zoloft, Etc) se rapprocherait des « amphétamines », d’où l’intervention du Professeur Debré.
Grâce à l’AAAVAM des analyses toxicologiques de « benzodiazépines » sont effectuées par la médecine du travail à la SNCF, pourquoi cela n’existe pas dans les Compagnies d’aviation ?


Georges Alexandre Imbert
Président de l’AAA-VAM
Association loi de 1901
Agréée par le Ministère de la Santé
10, rue de la Paix
75002 Paris

Tél: 01 41 10 87 00
  06 74 46 00 97

Site Web :  http://www.aaavam.eu

vendredi 27 mars 2015

Un conseil

J'ai téléphoné   à un mandataire de victime. Qu'est-ce? C'est une association qui prend tout en charge lorsque vous êtes victime, accident de la route ou coup et blessures volontaires etc. et qui prend un pourcentage de la somme que vous touchez.
Pour une victime laissée " en slip", c'est intéressant de ne rien débourser en premier lieu et c'est plus confortable que quelqu'un d'autre pilote à sa place. 

Mais il m'a conseillé quelque chose, qui m'a interpellée: " quand tu dois assister dans une expertise  une  victime qui a des préjudices moraux, qui n'est pas en forme psychologiquement, il faut avant l'avoir fait consulter un psychiatre, il faut qu'elle ait une ordonnance pour que cela fasse sérieux. Peu importe si elle prend les psychotropes ou non, d'ailleurs il vaut mieux qu'elle ne les prenne pas. Mais elle sera mieux indemnisée si elle a fait cette démarche". 
Je sais, c'est un conseil tout à fait avisé, mais un peu tendancieux. 

On rejoint  la pub "tu ne prends pas des antibiotiques, tu n'es pas malade!"

Mais j'espère faire valoir mon point de vue, comme lorsque j'ai arrêté de prescrire des psychotropes: le médecin de la Sécu voyait mes patients: " mais voyons, vous ne prenez pas d'antidépresseurs, vous n'êtes pas si malade que ça". Mais petit à petit il a compris ma façon de procéder et depuis quelques années sont laissés tranquilles par la Sécu et ont remonté la pente tranquillement. 
Ca, c'est un challenge. Evidemment le but est que les victimes soient indemnisées le plus justement possible sans avoir besoin de ce levier.

psychotropes à bord

Il y a quelques mois un steward me demandait du stilnox pour le décalage horaire: 
" Non, monsieur, je ne vous le prescrirai pas. Ca a tout un tas d'effet secondaires, dont une baisse de vigilance et une démence possible.
- Mais docteur, la moitié des pilotes prennent quelque chose pour dormir! Ca ne peut pas être si nocif!"

Je ne pense pas que les pilotes aient réellement le droit lors de leurs escales de prendre des psychotropes mais tout le monde s'assoie dessus, c'est déclaratif, et donc les pilotes peuvent très bien cacher leur prise de prozac ou autre. 

 Mais si dans mon simple cabinet de campagne ça se raconte, d'autres personnes doivent le savoir, c'est montre d'une certaine tolérance... qui peut mener à la mort. 
 Il est de plus prouvé que les psychotropes allongent le temps de réaction. Donc, dés qu'on prend le moindre stilnox, on ne devrait pas conduire au moins quelques jours.

Ce steward est revenu hier: " Docteur, je voudrais de la mélatonine ( hormone ) pour mes décalages horaires". Comme quoi il a réfléchi, et c'est courageux de sa part car il ne pense plus comme ses collègues. Ca fait froid dans le dos.

Allez les pilotes: les petits somnifères ne sont pas des bonbons, non, non!


jeudi 26 mars 2015

Patients peu compliants

Depuis 15 ans je suis une dame assez replète pour sa tension. Elle était bien stabilisé, je lui renouvelais des prises de sang et tout allait bien.
Mais il y a un an elle a eu un gros problème oculaire. Diagnostic: diabète non détecté.  Je lis en général les prises de sang qui m'arrivent et rien ne m'avait alerté la concernant.

Or ce jour elle vient toute souriante et pomponnée. Elle me montre une lettre du cardiologue qui m'ecrit en cet termes: " il semble que la patiente ait un diabète ancien non détecté..."
 Je veux tirer l'affaire au clair: 
" Madame, vous alliez dans quel laboratoire pour vos prises de sang? 
- Chez Constantin".
Chez Constantin, rien, madame Bouche n'est pas connue.

"Je me suis trompée, C'est chez le laboratoire Philo".
Ils me répondent: 
" Nous n'avons aucune prise de sang avant 2014". 

Là c'est mauvais: qui est le dindon de la farce, la grande cruche, la grosse irresponsable de service? Le docteur. 
Qui est la victime? La vilaine madame Bouche, qui ne souriait plus avec tout ce que je lui ai dit. Elle aurait pu faire un infarctus, décéder et j'y était de ma responsabilité médicale! 

j'ai horreur de brider les patients, c'est le joyeux bazar dans mon cabinet avec plus de 1500 inscrits mais il va falloir en surveiller malgré eux, comme des gosses. C'est ça ou je risque le procès.

mardi 24 mars 2015

comment réagir à une décision du médecin de la Sécu

Les médecins de la Sécu font leur maximum pour faire retourner les patients au travail ou les mettre en invalidité, les mettre dans des cases, vite vite, il n'y a plus d'argent.  Et on leur demande des chiffres. 

Mais parfois, quand ils perdent pied ça dérape et ça donne ça: une de mes patientes qui souffre de sciatique s'est vu demander: " avez-vous eu une amygdalectomie? Une appendicite? Levez les bras! OK, je vous mets en invalidité catégorie 1 ( avec travail partiel possible).
Et une autre souffrait de cervicalgies importantes. Pour se donner contenance ( ou pour meubler la consultation? Pour destabiliser la patiente?) le médecin de la Sécu a déclaré "votre problème c'est le foie". Il avait dû lire "Le malade imaginaire juste avant.

Alors les patients, ne vous démontez pas et demandez une expertise L141.1 comme on vous le propose quand vous recevez une lettre de la Sécu pas forcément en votre faveur!

manque de formation criant

J'ai demandé à une policière si elle bénéficiait  d'une  formation continue, du débriefing, du coaching: rien du tout, elle ne connaissait même pas la CIVI, commission d'indemnisation des victimes d'infractions, oh combien utile quand on recueille des plaintes de victimes: la procédure est extrêmement rapide, et sert uniquement à l'indemnisation, on peut faire une demande en pénal dans le même temps. 
C'est quand même bizarre: le moindre conducteur RATP a sa formation continue, mais pas les forces de l'ordre!

CIVI, 
Elle existe au sein de chaque tribunal de grande instance: La personne lésée peut obtenir la réparation intégrale des dommages qui résultent des atteintes à la personne si :
  • les faits ont entraîné la mort, une incapacité permanente ou une incapacité totale de travail personnel égale ou supérieure à un mois,
  • les faits constituent une infraction de viol, d’agression sexuelle, de traite des êtres humains, ou d’atteinte sexuelle sur mineur de quinze ans.
http://www.vos-droits.justice.gouv.fr/indemnisation-du-prejudice-11940/indemnisation-par-le-tribunal-11949/la-commission-dindemnisation-des-victimes-dinfraction-20242.html#2

Alors, vous ne connaissiez pas non plus n'est-ce pas?


lundi 23 mars 2015

Alcool sur ordonnance

J'avais prescrit à un de mes patients en maison de retraite, un vieil habitué des bars, "toujours assoiffé",  des plantes sous forme de teinture mère (c'est  à dire les principes actifs sont dilués dans l'alcool) afin de dormir correctement. Tout allait pour le mieux, quand un jour il s'est plaint: 
" Docteur, vous ne m'en donnez pas assez. Ou bien je ne comprends pas, avec une infirmière je ne dors pas bien mais avec une autre, je dors comme un bébé". 
Alors j'ai fait mon enquête: il s'est avéré que la deuxième infirmière faisait 40 pressions sur le flacon au lieu de 40 gouttes ( 40 gouttes égal une pression)! Il dormait comme un bienheureux, comme au bon vieux temps de ses saouleries hebdomadaires! Merci docteur!

J'y ai remis bon ordre illico presto.

samedi 21 mars 2015

Etat antérieur

Une expertise à Lyon! La charge de médecin de victime va me faire voir du pays, pourquoi pas?

Un point important dans la réparation des victimes est: comment se trouve  la victime avant l'accident? Qui sait si elle a un QI de 170, si elle est excitée comme une puce dans une cage en feu, si elle est capable en virevoltant de faire dix choses à la fois alors que la moyenne communément admise est une chose à la fois? Ou qu'elle était contorsionniste et maintenant qu'elle ne peut plus que pratiquer de la danse de salon? Ou qu'elle avait une mémoire photographique impressionnante et actuellement qu'elle mémorise difficilement un numéro de téléphone d?

L'expert voit se présenter devant lui une personne normale, ayant fait un bilan neuropsychologique satisfaisant, alors qu'elle même et tout son entourage se plaignent qu'elle n'est plus pareil, ralentie et ne comprenant plus à la même vitesse. 
Il y a une injustice qu'il sera difficile de changer car la nature humaine est extrêmement variée. 
J'ai par exemple une victime qui faisait des prouesses en escalade avant son accident et qui actuellement peut difficilement monter sur une échelle. 

Des photos peuvent aider, des médailles, le fait qu'on ait un diplôme demandant des performances pointues. On part à la chasse aux preuves. Et c'est entre autre le travail du médecin de recours de réunir tous les faits en faveur d'une réparation plus juste de son client. 

jeudi 19 mars 2015

Le médecin peut être responsable des conséquences du refus de soin de son patient

Lorsqu’un patient estime être la victime d’une erreur médicale ou d’une infection nosocomiale, sa méfiance envers le corps médical peut le conduire à refuser toutes prescriptions émanant de son médecin. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître ce refus peut avoir des conséquences négatives pour le médecin.
En effet, lorsque le médecin a commis une faute mettant en cause sa responsabilité civile, celui-ci est tenu de réparer l’intégralité du préjudice qui est la conséquence directe de son erreur.
Or, le refus de soin du patient en relation avec cette faute est clairement de nature à avoir des conséquences dommageables pour sa santé. Ceci risque mécaniquement d’aggraver considérablement son préjudice financier et… ses demandes en justice.
Lorsque le médecin a commis une faute engageant sa responsabilité, ou lorsqu’une clinique est tenue responsable d’une infection nosocomiale,  le juge doit-il limiter le droit à la réparation lorsque le patient a refusé de se soigner envers et contre tout ?
Telle est la question tranchée par la Cour de cassation dans son arrêt en date du 15 janvier 2015l'article est ici
Je vous conseille de le lire pour avoir une bonne idée de ce qu'est la casuistique.
Mais c'est mauvais mauvais pour les médecins qui peuvent maintenant être responsable de tout patient réfractaire aux soins. Alors les mauvais patients, n'entrez même pas chez moi! D'autres docteurs sont tellement meilleurs!

lundi 16 mars 2015

Déclarer ses sinistres

L'un de mes patients s'est fait rentré dans le train arrière par un camion  au travail. Bilan: une voiture toute neuve à mettre à la casse et un camion en piteux état. 
Mais surtout il souffre du coup du lapin.

Et il m'a raconté "le conducteur voulait que l'on traite ça de la main à la main. Mais pas question, je n'ai jamais fait ça".

Il a eu raison: si on ne déclare pas ses sinistres à l'assurance, on n'est pas assuré, par exemple si on souffre d'une fracture de côte, que l'on doive s'arrêter un mois ou deux, c'est un simple arrêt de travail et l'on y perd. Les préjudices, cela peut chiffrer vite, alors autant que l'assurance adverse paie. 
Il faut savoir que les assurances paient: tout ce que la Sécu ne rembourse pas en soins médicaux, le manque à gagner, les souffrances endurées, la tierce personne si on ne peut  pas être autonome un moment  et la nounou que l'on a du prendre en urgence pour pallier nos incapacités à nous occuper des fichus mômes, les transports pour aller à l'hôpital etc. 

Alors pourquoi se priver?

Evidemment je n'ai jamais déclaré que j'avais un jour embouti toute seule comme une grande la glissière de sécurité un samedi sous la neige alors que j'étais jeune conductrice. Il ne s'est rien passé, je ne l'ai pas dit...

samedi 14 mars 2015

les statines causes de douleurs

Régulièrement je vois des patients avec une ordonnance de produits à visée cardio-vasculaire conséquente, se plaindre de crampes et de douleurs musculaires. Et tout aussi régulièrement je leur baisse leur traitement contre le cholestérol, le plus impliqué dans les douleurs musculaires. 

Mais hier je me suis fait prendre de cours: un patient en fin de consultation m'a demandé: "l'infirmière du travail m'a conseillé du myolastan pour mes courbatures dans les épaules et les bras".
Et si je n'avais pas fait gaffe, puis lui faire plaisir et pour le soulager, je lui aurais prescrit ce benzodiazépine ( de la même famille que le Témesta) 
A part qu'il n'existe plus depuis un an ou deux à cause d'un rapport bénéfice-risque négatif.  Et surtout il prenait du zocor, contre le cholestérol.
Alors je lui ai baissé et tout le monde est content, le patient, la Sécu  et moi qui ergote sur le moindre cacheton que mes patients prennent. 

Mais quand même ils procurent bien des douleurs ces anti-cholestérol  statines.  Et je risque de me retrouver un de ces jours avec un dossier "statine" à régler, c'est à dire une victime de ces traitements.

mercredi 11 mars 2015

Ne pas baisser les bras

Dimanche a eu lieu l'assemblée générale de l'AAAVAM, association d'aide aux victimes des accidents des médicaments, 
Cette association se bat pour que les victimes du Médiator, de l'isoméride, du Sabril (antiépileptique), du vioxx ( anti-inflammatoire), des benzodiazépines et zyprexa ( neuroleptique) fassent faire valoir leurs droits. 

En France, les victimes des médicaments ne sont pas réellement reconnues comme telles, celles de l'Agréal (neuroleptique pour les bouffées de chaleur interdit en 2006) par exemple qui souffrent de mouvements anormaux, de dépression n'ont pas eu gain de cause, les procédures sont longues... et beaucoup abandonnent le combat. 
Il y a un côté tristement désespérant. 

Et les victimes du médiator sont indemnisées au lance-pierre, entre 1500 et 6000 euros environ. 

Néanmoins si personne ne porte plainte, il ne risquera pas d'y avoir une issue heureuse. 

Alors, si vous souffrez d'un effet secondaire, allez-y, et ne vous dites pas "la vie c'est comme ça", "tous pourris", "on n'y peut rien".  Et on ressasse les mêmes griefs durant tout le reste de sa vie. 




mardi 10 mars 2015

Sifrol, antiparkinsonnien coupable?

Le procès d'un neurologue a démarré à Rouen. Une patiente l'accuse d'avoir provoqué son addiction au jeu, à cause d'un traitement trop fort.

Lundi, un procès hors-normes s'est ouvert à Rouen. Comme l'indique Le Figaro, une femme a poursuivi son neurologue pour l'administration d'un médicament qui aurait déclenché chez elle un effet secondaire très indésirable : l'addiction aux jeux d'argent.

Une accro au jeu attaque son neurologue

Traitée initialement pour le syndrome des "jambes sans repos", la prescription d'un médicament à trop forte dose l'aurait ruinée. L'avocat de la plaignante estime que "les informations indispensables mais aussi obligatoires n'ont pas ici été délivrées" de la part du médecin.
Le défenseur de la patiente affirme également que toute cette affaire n'aurait jamais eu lieu si cette dernière avait eu connaissance des effets indésirables de son traitement.

Augmentation de la dose prescrite et apparition de l'addiction

Atteinte d'un trouble neurologique provoquant un mouvement incessant des jambes, la rouennaise commence un traitement au Sifrol en avril 2008. Quelques mois plus tard, alors que ses symptômes réapparaissent, elle consulte son neurologue qui augmente la dose prescrite.
Par la suite, elle commence à être prise d'une envie permanente de parier et fréquente les casinos. Son addiction est telle qu'elle vole de l'argent à sa famille, à son employeur, et finit par contracter une dette totale de 184 000 euros.

La patiente tente de se suicider deux fois

En janvier 2011, l'accro au jeu tente de se suicider. Son médecin traitant lui fait part des effets secondaires du Sifrol, et lui indique que la notice du médicament signale la possibilité de troubles comportementaux indésirables, et notamment "l'impulsion forte à jouer de l'argent de façon excessive malgré les graves conséquences".
Avant de pouvoir revoir son neurologue en consultation, la patiente tente une nouvelle fois de se suicider. En février 2011, son traitement est stoppé par le médecin, aujourd'hui mis en cause, et l'addiction disparaît deux semaines plus tard.
Mais la malade et ses proches sont complètement ruinés. Le procès doit durer trois semaines, et devra étudier les questions de l'information du praticien au patient, de la relation des deux protagonistes de cette affaire, et du manque criant de communication des deux côtés.
http://www.24matins.fr/une-accro-au-jeu-met-en-cause-son-neurologue-162326
Son médecin traitant a eu le bon réflexe. 
Mais gagner en ce qui concerne les effet secondaires de médicaments n'est pas simple: les victimes du médiator qui ont  été indemnisées reçoivent quelques chose de l'ordre de 1500  à 6000 euros alors qu'elles sont devenues insuffisantes cardiaques. 

Pierre Bachelet Flo

samedi 7 mars 2015

Obligation d'information

Une de mes patientes  sur mes conseils a consulté un gynécologue pour pose d'un implant Essure, petits implants que l'on insère dans les trompes afin de provoquer une stérilisation. Je considère que, une fois le désir d'enfants passé, cette méthode est la plus efficace et pratiquement sans danger.

Le gynécologue prend donc son dictaphone pour m'écrire: "Cher confrère, j'ai vu ..... pour pose d'Essure. Je lui ai notifié les effets secondaires, crampes, saignements, impossibilité de poser l'implant, crampes, risque de syncope, d'infection..." Et la patiente alors le coupe:  "mais vous ne m'avez rien dit docteur! Pourriez-vous me parler un peu plus de ces effets secondaires?
- Non, ce n'est pas la peine, ce sont des obligations légales que je dicte pour votre médecin.
- Mais ça m'intéresse aussi!" 
Elle s'est fait rembarrer proprement. Et ce qui est dommage, c'est qu'elle ne profitera sûrement jamais d'Essure. 

Pourtant l'obligation d'information est primordiale de la part du médecin, toujours depuis la loi  du 4/3/2002. Le médecin a non seulement le devoir d'informer, mais en plus de s'assurer que le patient a bien compris tous les risques qu'il encourt. C'est incontournable et on a passé 2 heures en cours à voir ce point dans tous les sens. 
Mais on a beau créer des belles lois, on ne peut pas tout légiférer, pas possible s'il n'y a pas de bonne volonté qui fait écho.


vendredi 6 mars 2015

Régime de réparation intégrale

On peut dire que c'est un métier que d'être une victime et de se battre.

Quand on a un accident causé par un gros malotru, ou qu'un autre malotru nous flanque son coup de poing américain dans la figure, on ne pense pas forcément à contre-attaquer. On porte plainte oui, car la police est là... puis on attend, on pense parfois qu'un autre va nous aider à faire toutes les formalités, écrire aux assurances, prévenir le patron, envoyer les papiers à la Sécu... et on devient complètement asphyxié financièrement au bout de peu de temps car personne ne fait rien pour nous et qu'on n'a pas la force de faire ce qu'il faut... et on peut tomber bien bas, tranquillement, presque sans bruit.

Bien non, il faut aller au charbon, savoir prévenir les assurances, se faire aider par ses proches, ou au pire par l'assistante sociale, le médecin de victime ( qui est payé par les assurances) et autres.  Certains avocats de dommage corporel ne se font payer qu'à la commission et c'est intéressant quand on ne peut rien avancer. 
Les français bénéficient depuis quelques temps du  système de réparation intégrale, c'est à dire réparer la victime de façon à ce qu'elle soit financièrement dans le même état que si elle n'avait pas eu le préjudice. Juste avoir le courage de frapper aux bonnes portes. 

mercredi 4 mars 2015

préjudice d'impréparation

Des victimes, il y en a, ce n'est pas un problème. Mais des victimes qui veulent se battre, pour les accidents de voiture, les coups et blessures, ça va, quand il s'agit d'un gynéco qui n'a pas diagnostiqué un spina bifida ( non fermeture du tube neural, le bas de la colonne vertébrale n'est pas fermé), c'est plus dur de porter plainte. 
D'abord les patients sont découragés de toutes part, par leurs proches, par les médecins: " ça ne servira  à rien, votre fils de toute façon aurait eu cette malformation". 
Il n'empêche, quand le gynéco a répété 10 fois " ne vous inquiétez pas, il n'y a aucun problème"  et que la maman accouchée sur son lit voit une boule dans le bas du dos de son fils, le stress est intense, elle ne s'était pas préparée. 
Rien que pour ça elle peut porter plainte, mais pas pour le préjudice d'être né, affaire Perruche

mardi 3 mars 2015

Mon parcours

Depuis quelques années la médecine en tant que telle m'intéresse moins. On ne peut pas dire qu'on en a fait le tour car il faudrait plusieurs dizaines d'années pour vraiment être bon et ne louper aucun diagnostic. 
Mais petit à petit les histoires de harcèlement au travail, les souffrances de la vie ont occupé de plus en plus de mon temps. 
Et le métier de médecin de victime s'est imposé enfin il y a deux ans. 

Avec ce diplôme on peut devenir expert auprès des tribunaux: il faut avoir alors un peu du charisme et de la superbe des juges, car on en est un pseudopode. Il faut parfois tenir jusqu'à 30 intervenant, le tout comme un chef d'orchestre. Très peu pour moi. 

On peut aussi être médecin pour les assurances, calculer les préjudices des victimes et être payé évidemment par les assurances, ce qui implique parfois de s'auto-discipliner pour ne pas être trop dispendieux pour l'assurance qui nous mandate, tout en étant juste avec la victime. 

Moi c'est non, c'est être du côté de la victime, un peu son coach, pour l'aider à passer le plus sereinement le cap de toute la procédure enclenchée, peu importe si c'est un accident de voiture, un malotru qui a lui a flanqué son coup de poing américain dans la figure, ou si c'est un patron qui a commis une faute inexcusable, ou un ostéopathe un peu trop enthousiasme qui a fait craquer le cou une fois de trop. C'est un peu le prolongement logique de mon parcours.

Et pour les patients qui me lisent, je suis encore là pour vous, oui monsieur et madame Prof!

dimanche 1 mars 2015

Un AVC

J'ai eu vent d'une affaire de responsabilité médicale: un octogénaire bien tassé, très dynamique et sportif demandait régulièrement à son médecin généraliste un dosage de cholestérol, à quoi le généraliste lui répondait "on verra plus tard".
Et l'octogénaire en a fait un AVC avec quelques séquelles, mais il est toujours quand même tonique. 
Alors il a porté plainte contre son généraliste. Et on a abouti à une expertise qui continue par une contre-expertise.

En gros: "est-ce que le fait de ne pas avoir dosé le cholestérol chez cet octogénaire Bien Tassé constitue une erreur médicale ou non? 

Et il faut ensuite  répondre aux critères d'imputabilité:
  1. Vraisemblance scientifique : c’est l’enchaînement anatomo-clinique ;
  2. Nature de l’affection : le diagnostic doit être certain ;
  3. Intégrité préalable : l’affection n’existait pas avant l’accident ;
  4. Concordance de siège : le traumatisme doit avoir atteint soit directement soit par retentissement immédiat, l’organe siège de la maladie ou de la lésion ;
  5. Délai d’apparition : condition de temps, s’il existe une période intercalaire silencieuse, il est indispensable de s’appuyer sur des considérations pathogéniques ou cliniques ou sur des observations cliniques antérieures ; Continuité évolutive ;
  6. Réalité, nature et intensité du traumatisme : le traumatisme doit, par sa nature, être capable de déterminer l’affection considérée.
  7. http://www.medecin-dommage-corporel.expert/expertise-medicale-amiable-et-judiciaire/
Quand j'étais jeune interne fringante, le prof m'avait expliqué que doser le cholestérol à plus de 80 ans est inutile car le cholestérol met 10 ans à boucher les artères. Et j'aurais pu être attaquée plus d'une fois car je suivais ce précepte. 

N'empêche que cette affaire occupe quelques avocats, deux assurances, un médecin de victime, etc. 

N'oublions pas que la médecine n'est pas une science exacte.