mercredi 4 janvier 2017

Pourquoi je quitte la médecine générale

Depuis quelques années je m'étais un peu encroûtée si l'on peut dire: toujours les mêmes conseils aux mêmes hypertendus, obèses, diabétiques. Ils disaient poliment "oui docteur", suivaient les instructions quelques jours, puis retombaient dans leurs travers, aliments préparés, viennoiseries etc.
Les consultations étaient parfois répétitives, mais heureusement tout ne se résumait pas aux conseils  nutritionnels et de sport et aux ordonnances,

J'adorais conseiller les patients, les aider à résoudre leurs  problèmes, qu'ils puissent reprendre leur vie en main. Mon compagnon m'a répété maintes fois que cela n'était pas mon rôle, que je ne devais pas faire le coach, qu'on me demandait juste en tant que généraliste, de prescrire, de diagnostiquer, d'orienter chez les spécialistes, de faire des arrêts de travail. 
Il n'avait pas tort mais je ne pouvais travailler et vivre en exécutant uniquement les tâches demandées. 

Et pendant quelques temps, juste avant d'être harcelée par Mère Sécu je me répétais " je ne pourrais jamais partir, mes pauvres patients, mon Dieu, nous sommes dans un désert médical, ce n'est pas possible".

Et puis la Sécu est arrivée, avec son tribunal nommé "commission des pénalités": quand on passe devant, toute seule devant tout ce monde, accusée d'avoir trop prescrit d'arrêts de travail! Le Crime du siècle!  Quelle situation absurde!   Ils créent des déserts médicaux, tout en se plaignant dans les médias "Comment lutter contre les déserts médicaux? C'est dramatique, vous comprenez, des villages sans médecins, il faut les inciter à revenir, donnons-leur des aides à l'installation etc."

Quel formidable siège éjectable! Pour avoir envie d'aller jusqu'en  Nouvelle Calédonie, c'est que la poussée était puissante! 

Alors je ne regrette rien, même si j'aime autant aider et soigner les patients. 

dimanche 1 janvier 2017

Au revoir!

Bonne année  à tous! Que tous vos vœux se réalisent


Voilà, c'est fait, le cabinet est fermé. J'espère que toutes ces années j'ai pu être utile à certains. 
Ces derniers temps les consultations ne relevaient plus tout à fait de la médecine générale; j'ai appris des points d'acupuncture  à des patients que cela pouvait soulager. Ces points, ils peuvent se les masser eux-mêmes, c'est pratique. 
Cela peut marcher pour un tas de petits maux du quotidien: les nausées, la constipation, le mal de dos, l'obésité, le pipi au lit etc. 

Parfois aussi "j'oubliais" de faire les ordonnances, ce que les patients étaient obligés de me rappeler. Et "j'oubliais"  aussi de remplir les certificats d'arrêts de travail, comme ça c'est complet direz-vous.

Il était temps que je parte. 
Mais je penserai très longtemps aux patients, avec qui j'avais développé des relations cordiales, parfois plus. 

vendredi 30 décembre 2016

Comment diminuer les arrêts de travail

Il paraît qu'une de mes consœurs poursuivie par la Sécu aussi pour ses arrêts de travail a choisi elle, cette formule: une semaine travail, une semaine vacances. Elle n'est plus ennuyée et profite de sa petite famille. 
Cela fait mathématiquement 50% d'arrêt de travail en moins. 
Mais cela ne fortifie pas les vocations, au contraire. Mais si la Sécu est contente, c'est l'essentiel non?

mercredi 28 décembre 2016

Vive la santé connectée!

J'ai appris que les demandes de passeport ne se feraient plus à la préfecture mais sur internet, bientôt ça sera le  tour des cartes d'identité, compression de personnel.
L'antenne Sécu de ma ville a fermé, les jours  la Poste locale sont comptés;  que d'économies le gouvernement fait! 

Dans la même tendance je propose les consultations exclusivement sur internet avec webcam, les arrêts de travail envoyés directement à la Sécu avec mail au patient. 

La pharmacie c'est pareil, pourquoi prendre du temps à faire la queue à la pharmacie? 
Désormais chaque patient ira sur le site de la pharmacie, entrera son numéro Sécu, les coordonnées de sa mutuelle, scannera son ordonnance et aura ses médicaments sous 24 heures. 

Pourquoi les médecins seraient-ils plus vertueux que les pouvoirs publics, pourquoi devraient-ils repeupler les campagnes désertées par la presque totalité des services publics? On est comme tout le monde, on n'a pas envie de s'enterrer dans un village où il n'y a pas de poste, des commerces pratiquement inexistants, et un car qui vient chercher nos mômes pour aller dans une école commune à plusieurs villages. 

lundi 26 décembre 2016

Non, la médecine ne me manquera pas

Des patients  me demandent si la médecine ne va pas me manquer, si je compte fébrilement  les jours avant de me reposer enfin. 

Non, la médecine telle qu'elle est conçue actuellement ne me manquera pas, la non-reconnaissance des médecins alternatives me lasse. Le règne du tout-chimique me fatigue, et la Sécu en plus avec sa logique comptable pure m'ont usée. Fini, basta! 
Je réserverai mon art pour les victimes qui ont bien besoin qu'on les défende. 

 Les patients, je ne compte pas les jours qui me restent "à vous supporter", ce n'est pas le problème, les patients c'est le côté passionnant de la médecine, ce n'est sûrement pas  compter avec appréhension le nombre de jours d'arrêts que l'on a effectués depuis le matin en espérant vainement que les prochains patients n'auront pas besoin d'un arrêt de travail, ça c'est du n'importe quoi. Pourtant c'est ce qu'on me demande de faire dorénavant. 

Le soleil de Guadeloupe me convient mieux.

samedi 24 décembre 2016

Les expertises ne sont pas un long fleuve tranquille

Une expertise très éprouvante hier; une victime avait eu un accident de voiture avec des douleurs résiduelles importantes au rachis lombaire. Malheureusement il avait eu peu de temps avant l'accident des douleurs au même endroit, mais moins importantes. 

A la première expertise, il n'a été retenu aucun préjudice, d'autant plus que l'IRM était normale avant et après l'accident. En d'autres termes  AIPP égale à 0!  ( atteinte à l'intégrité physique et psychique)

Il est allé en contre-expertise accompagné par moi. L'expertise a été houleuse, la victime ne comprenant pas pourquoi ses douleurs n'étaient pas reconnues comme telles. A un certain moment l'expert s'est tourné vers moi, l'air de dire "confrère, vous calmez votre client", ce que j'ai fait avec du mal. 
Mais  ce qui a mis l'expert en rogne est quand la victime a dit "mais monsieur, soyez sympa!" "Je n'ai pas à être sympa", a-t-il dit "je suis l'expert et impartial". 

Et on est passé à l'examen clinique: malgré ses douleurs, la victime avait tous ses réflexes et une force musculaire relativement convenable. c'est vrai qu'il y avait ses douleurs...

Le verdict de l'expert: "Ce n'est pas imputable", en d'autres termes "circulez y'a rien à voir". 
Et il n'avait pas complètement tort; j'ai pourtant réussi à lui soutirer quelques pourcentages pour le stress subi et c'est tout. 

Et c'est toute la difficulté de l'expertise, en quoi elle diffère de la médecine générale. En expertise on calcule les handicaps, les déficits et les douleurs associées, mais quand il n'y a pas de déficit? La victime peut aller se rhabiller et se soigner ses douleurs, et basta. 

C'est dur. La douleur est peut-être souvent psycho-somatique, n'empêche que bien évidemment les victimes ne le font pas exprès, ils n'en sont pas conscients,  ils n'avalent pas tous ses cachets pour le plaisir. Et les experts ne reconnaissent pas le psycho-somatique, ou bien ils envoient chez le sapiteur psychiatre. 

Encore une facette de ma nouvelle profession  à connaitre