vendredi 24 avril 2015

Haro sur le motilium

La France consommerait, «quatre fois trop» de Motilium par rapport à la moyenne européenne selon l'Agence du médicament (ANSM). Dans un entretien au Figaro,Dominique Martin, directeur général de l'agence souligne: «La dompéridone (molécule du Motilium), comme tout médicament, présente des risques, et des bénéfices». Loin de contester qu’il «y ait un sur-risque en France», le directeur de l’ANSM précise que «l'estimation à 231 morts ne fait pas consensus et serait à confirmer».

Au début du mois d’avril, le médicament anti-nausées a été pointé du doigt par une étude parue dans la revue Pharmacoepidemiology and Drug Safety. Celle-ci révélait que les médicaments anti-nauséeux et vomissements à base de dompéridone, vendus notamment sous l'appellation Motilium mais aussi sous forme de génériques pourraient être à l'origine de 231 morts subites cardiaques en 2012 en France.

Dans le même temps, la revue indépendante Prescrire, qui milite pour son retrait du marché, avait révélé que près de 3 millions de personnes ont consommé de la dompéridone en France en 2012.

Réduire la surconsommation plutôt que de retirer la molécule du marché

Pour autant, le directeur de l’Agence du Médicament n’est pas favorable à un retrait du marché: «On ne peut pas retirer du marché un médicament qui est dangereux notamment parce qu'il est mal utilisé, sinon on en supprimerait beaucoup!». Il préconise plutôt de s’attaquer à «cette surconsommation»: «Si l'on réduit la consommation, on abaissera aussi le nombre de victimes». 
Selon le directeur de l’agence, les risques de la dompéridone sont connus depuis longtemps. Pour preuve, l'autorisation de mise sur le marché a été revue par trois fois et l'ANSM a envoyé une lettre aux médecins à ce sujet dès 2011. Conséquence: «une réduction de la consommation de 30% entre 2012 et 2014».
Une sur-prescription du Motilium
Par ailleurs, l’ANSM souligne également une prescription excessive d’anti-vomitifs par les professionnels de santé. A ce propos, Dominique Martin ajoute: «les praticiens prescrivent aussi trop d'anti-vomitifs, et pas seulement la dompéridone, c'est aussi le cas du métoclopramide (Primpéran) et de la métopimazine (Vogalène), qui ne sont pas plus à favoriser». 
Prendre un médicament de confort n'est pas forcément anodin, rappelle-t-il : «À chaque prise, on s'expose à un risque (...). La problématique est d'ailleurs la même pour le paracétamol, l'ibuprofène ou les benzodiazépines, qui causent aussi des morts chaque année».
http://www.20minutes.fr/sante/1594703-20150424-motilium-anti-vomitif-quatre-fois-trop-consomme-france

Evidemment que j'ai réduit depuis quelques années la consommation de ces neuroleptiques cachés, mais pas pour les raisons qu'ils avancent: il se trouve que plusieurs jeunes femmes de ma patientèle prenaient ce genre de produit régulièrement pour des nausées, ou pour des migraines accompagnées de nausées, et elles ne comprenaient pas pourquoi elles ne pouvaient pas avoir d'enfant: un coup d'oeil sur le prolactine (hormone de la lactation, qui inhibe l'ovulation) m'a convaincue qu'il fallait absolument arrêter les anti-nauséeux et elles ont fini par avoir leur bébé. 
Au début ça n'a pas été facile de "déprescrire" devant un patient souffrant de gastro-entérite, mais il a suffit de les convaincre que ça passait tout seul, à l'exception de rares cas et ils ne me demandent plus ce genre de produit.
Je pense que c'est au médecin d'apprendre à déprescrire, et ce n'est pas facile, (on a toutes sortes de mécanismes qui font qu'on ne peut laisser un patient sans prescription), mais c'est bénéfique sur le moyen et le long terme.

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